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 Voile : Minahouët, Monument historique qui navigue, article publié le Sat, 04 Sep 2010 14:50:06 +0200


Quinze ans de travaux récompensés, la passion demeure
Grand moment d’émotion au port de Kernevel à Larmor-Plage, près de Lorient, pour la mise à l’eau du Minahouët. En juin 2007, après quinze ans de travaux menés contre vents et marées, Jacques Briois avait réussi à sauver ce magnifique yacht lancé en 1912 à Saint-Georges-de-Didonne, près de Royan, et conçu comme un pilote de Gironde dont il se révèle être le dernier. Depuis, il a trouvé un havre de paix à Pont-Aven dans le Finistère. Entre fêtes maritimes, comme celle de La Belle Angèle, et navigations pour l’association Voiles d’Iroise, l’on peut y voir ce bijou dans un bel écrin. Il a été classé Monument historique en décembre 2009.
Le Minahouët II était déjà une légende et son retour dans l’élément liquide demeure un événement. Cette figure de la belle plaisance du début du XXème siècle est effectivement une merveille. Ses amoureux peuvent rester des heures contempler ses lignes pures et élancées.
C’est un armateur de Saint-Nazaire voulant un bateau de plaisance qui a commandé le Minahouët. Comme le dit malicieusement Jacques Briois, qui l’a sorti de la vase où il pourrissait, « à l’époque il n’y avait pas Bénéteau, ni Jeanneau… ». Il est donc allé voir Augustin Gauraud à Saint-Georges-de-Didonne. Ce charpentier de marine faisait des bateaux de pêche et des pilotes de Gironde. Ces navires « étaient réputés pour être des voiliers extraordinaires ». Augustin Gauraud en aurait fait une quinzaine. « Ce sont des bateaux avec un faible tirant d’eau conçus pour naviguer à la sortie de la Gironde où il y a d’importants bancs de sable. Le premier arrivé sur le bateau à piloter qui arrivait du large, c’était celui qui avait le boulot. Il leur fallait donc des bateaux rapides et extrêmement manœuvrants. » Il n’y avait que le pilote, le skipper et le mousse, et uniquement ces deux derniers quand le pilote était à bord du grand voilier ou du steamer. Il arrivait que par mauvais temps lors de départs que le pilote ne pussent regagner son propre navire. Certains ont ainsi fait le tour du monde, retrouvant Royan un an après.
Pilote pour la Royale en 14-18
« Il a été conçu de façon assez luxueuse, remarquable intérieurement. Il y avait un poste avant pour l’équipage. A l’avant, il y avait la cuisine, ensuite un grand carré dans lequel il y avait deux couchettes lits-clos de chaque bord. L’on a refait strictement comme c’était à l’origine. » Et Jacques Briois a fait de même pour l’ensemble du navire. « Il avait un moteur, mais je n’en connais ni la puissance, ni la marque. La construction a dû durer un an ou deux et il a été lancé fin 1912. »
Le début d’une carrière riche et mouvementée. Immatriculé à Saint-Nazaire, il y fait de la plaisance sur l’Atlantique ainsi qu’à Royan. Puis arrive la guerre de 14-18. « Il est réquisitionné par la Royale comme pilote sur la Loire. » Revenu à la plaisance après le conflit, il est acquis en 1920-21 par « quelqu’un de Saint-Briac, et après l’on perd sa trace jusqu’en 1940 ». A La Rochelle, où il est immatriculé comme on peut le voir sur des photos.
Dragueur de mines pour la Kriegsmarine
« Il est alors utilisé comme dragueur de mines par l’envahisseur. Là, l’on sait deux choses. Pour les Allemands, la voûte était trop faible car ils avaient sûrement du matériel à mettre à l’arrière, et ils l’ont coupée. » Et, très étonnante découverte de Jack Briois et son équipe en démontant le bateau pour sa restauration : « Ils n’ont jamais dû approcher une mine magnétique ! Parce que s’ils l’avaient fait, ce bateau ne serait plus là ! Dans le safran, il y avait 200 kg d’acier ! Ca aurait fait boum ! » Apparemment, « ils ont navigué sans le savoir, car le safran était recouvert de chêne... Ils s’en sont aussi servi pour aller à la pêche... pour approvisionner les officiers de la Wehrmacht. »
« Après la guerre il a été convoyé sur Lorient où, en 1967, il est racheté par Monsieur Duliscouët qui lui fait subir quelques transformations : refaire le pont, changer le rouf… Il le fait naviguer jusqu’en 1980 », date à laquelle l’entrepreneur lorientais disparaît tragiquement dans le crash de son avion.
Eric Tabarly
C’est un bateau très rapide qui « a alors été très souvent skippé par Monsieur Victor Tonnerre, le grand voilier ». Il allait très couramment faire des régates à La Trinité, et embarquait comme équipier Eric Tabarly, qui était un tout jeune homme, ainsi que Gérard d’Aboville. « Il régatait aussi contre un monsieur qui s’appelait Le Pen et avait un bateau a peu près similaire en taille, mais pas un pilote, du nom de Cambronne. Ils ont fait des régates extrêmement chaudes contre Cambronne. »
Après la mort de M. Duliscouët le bateau a été acheté par des avocats parisiens. Mais, « un bateau de quinze mètres… c’est lourd. Au bout d’un an ou deux, le bateau a été mouillé devant le chantier Bernard à La Tremblade. Plus ou moins abandonné, il a fini par couler, puis a été renfloué. Vers 1985/86. Là il a été vendu par adjudication par un notaire, à la bougie. Ce sont des anciens marins de commerce de Lorient et de Royan que le bateau avait émus qui l’on racheté. L’on savait aussi à ce moment-là que c’était le dernier pilote de Gironde connu ». Un autre, construit dans un autre chantier, qui « s’appelait Amphitrite a coulé vers 1984 dans une tempête au large d’Audierne. Il s’est jeté à la côte. J’étais allé ramasser des épaves, dont un escalier de descente de poste avant, intact, qui s’avère maintenant être celui du Minahouët ! »
« Epave » à Royan
Ces marins de Royan avaient décidé de « sauver le bateau ». Ils avaient obtenu une subvention de la mairie et été sponsorisés par des entrepreneurs pour un total de 600 000 francs. Malheureusement, les travaux confiés à un chantier, et s’élevant finalement à 710 000 francs, n’ont pas abouti. Et le bateau a été saisi par la banque pour dette. Et c’est pour le montant de celle-ci, 110 000 F, que Jacques Briois, alerté par un ami de l’association Old Gaffer, l’a racheté en 1992.
« Il n’était pas possible de le laisser partir », dit-il. Pour se rendre compte plus tard que c’était devenu « une épave » et de l’ampleur de la tâche qui l’attendait.
Un quart de la vie de Jacques Briois
La restauration du Minahouët est une vraie aventure qui en fait un bateau encore plus mythique. On la doit à cet homme qui y a consacré corps et âme « un quart de sa vie ». Jacques Briois a 70 ans cette année 2007, et a « la passion du bout de bois » depuis sa jeunesse. Cet autodidacte originaire de Paris dont il a gardé l’accent gouailleur, s’est fait breton en quittant la capitale et une situation de directeur à la General Food dans les années soixante. Cap Saint-Malo. Il y fonde avec dix à quinze autres passionnés comme lui, considérés à l’époque comme des « écologiques braillards », la section française de la fameuse association britannique des Old Gaffers, en 1968. « Les gens ne comprenaient pas ce qu’on voulait faire et même les marins pêcheurs pensaient que c’étaient des bateaux qui étaient tout juste bon à aller au feu. » Ils y organisent aussi les premières des régates françaises de ces bateaux traditionnels qu’ils veulent préserver. Depuis, la Old Gaffers association Vieux gréements de France est devenue célèbre mondialement et celle qui regroupe le plus de propriétaires de ces vieilles coques.
Il s’est ensuite installé à Douarnenez où s’est posée la Fédération régionale pour la culture maritime dont il devient le président. Il y fonde aussi les Ateliers de l’Enfer qui forment des charpentiers de marine.
Il vainc sa paraplégie
Il mène par ailleurs sa carrière professionnelle comme directeur commercial d’une biscuiterie. Jusqu’à ce qu’un accident ne le rende paraplégique pendant un an. A force de volonté, il réussit à remarcher mais reste invalide à 80 %. Un cas déjà peu ordinaire selon les médecins. Aujourd’hui, plus de vingt après, il souffre encore, beaucoup par moments, et suit toujours des cures de rééducation fonctionnelle.
Avant Minahouët, Jacques Briois a déjà restauré d’autres bateaux. Il a commencé petit en les revendant au fil des ans ce qui lui a permis d’acquérir et sauver de plus grosses unités, comme Manureva, une barque sablaise de 1925. Il fonde aussi l’association Voiles d’Iroise dont le but est de faire naviguer ceux qui le souhaitent sur des voiliers traditionnels. Depuis 1984, elle a ainsi accueilli des personnes handicapées, des enfants malades, des adolescents en situation de rupture familiale, des jeunes en difficulté ou un public intéressé par ces bateaux traditionnels, connaisseur ou non, mais pas consommateurs. Minahouët est également géré par Voiles d’Iroise dans ce même esprit.
Il vend sa maison
Personne d’autre que Jacques Briois n’aurait pu aller au bout de ce chantier marathon. Tout d’abord, le bateau lui appartient. Ce point est important car dit-il, un bien associatif appartient à tout le monde et surtout à personne quand il s’agit de mettre la main à la pâte ou au portefeuille. Il voulait conserver la maîtrise entière des décisions dans la conduite des travaux. Il l’a donc acheté sur ses fonds propres et pour financer la restauration il a été jusqu’à vendre sa maison et sa voiture. Il a ainsi vécu dans une caravanne à côté du hangar déniché dans la campagne morbihannaise, à Meslan. « Loin des cons ! »
Jamais à court d’idées, Jacques Briois a créé un stand de grillades de poissons pour écumer, lui-même, les fêtes maritimes et festivals. Son réseau d’amis et de solidarité lui a aussi permis de monter et fournir un stand de troc et puces. Des succès qui permettent de continuer le travail.
Il ne demande pas de subventions pour mener à bien son projet. Sauf quatre ans avant d'aboutir, où, désespéré il était pratiquement résolu à y mettre le feu plutôt que de le voir partir entre de mauvaises mains si lui-même devait laisser tomber. Heureusement, pour pouvoir terminer, il reçoit alors l’aide du Conseil général du Morbihan et et de celui du Finistère, impressionnés par ce qui avait déjà été accompli. Ce qui lui a permis de payer les salaires des personnes, quatre alors, qui œuvraient sur le chantier en vue de la mise à l’eau.
Pas un clone
Jacques Briois, avec l’aide d’amis et d’un charpentier de marine, a d’abord enlevé tout ce qui n’était pas d’origine. Cela a pris quatre ans, et à la fin, il en restait « un demi-bateau ». Les pièces essentielles étaient en place. L’étrave, l’étambot, la quille, les membrures, les varangues, les barreaux de pont… Sans oublier le grand mât, lui aussi d’origine. Grâce à des amis de La Rochelle et de Royan, qui ont chiné les antiquaires de la région, de vieilles photos ont été retrouvées. Contactés, d’anciens propriétaires en ont également fourni. Cela a permis de reconstituer exactement comment était le Minahouët. Il ne restait en effet aucune trace ou archives d’Augustin Gauraud après les bombardements de Royan. Refaire le plan de voûte, magnifique, a pris un an. Ils s’y sont pris à trois reprises à partir des lignes de fuite de l’étambot.
Pendant ce temps, avec le reste de ses économies, il a acheté, au fur et à mesure, du matériel d’occasion, pour 100 000 F environ. Du bois aussi. Sur pied, à l’ancienne en sélectionnant notamment des chênes tors en fonction de leurs formes, à la grande surprise des forestiers. Cela a pris deux ans, en Bretagne et en Mayenne.
Une des questions qui s’est posée quand le Minahouët fut à nu, c’est de savoir, voyant ce qu’il en restait, s’il n’était pas plus simple de le refaire à l’identique en prenant l’épave comme modèle. Mais de cela, pas question pour Jacques, gardien de l’âme du navire. Sa position de propriétaire s’est révélée fondamentale pour écarter la tentation de fabriquer un clone.
Aventure collective
Pour Jacques Briois, la renaissance du Minahouët est aussi « une aventure collective ». Cet homme charismatique qui sait fédérer les énergies insiste bien sur ce point. Il se considère plutôt comme « un chef d’orchestre ». Ce n’est « pas l’œuvre d’un mec tout seul », rajoute-t-il. Ainsi, 60 % du travail a été accompli par des bénévoles, 200 environ. Et aujourd’hui, ils sont bien récompensés de leurs efforts et du temps consacré à ce bijou flottant.
En dix ans, ce sont aussi 35 salariés qui sont passés sur le chantier. Pour un certain nombre sous divers contrats aidés. Les salaires constituent la plus grosse part des 450 000 € investis dans cette restauration au long cours. Le site de Meslan a aussi accueilli des objecteurs de conscience et des stagiaires. Assurément une sacrée formation sur le tas.
Jacques, qui sait tout faire de ses mains, s’est aussi entouré d’hommes d’expérience et de qualité. Figurent par exemple parmi les bénévoles un ancien commandant et deux boscos du Belem, le précédent et celui qui officiait en 2007. Jean-Yvon Combot, Daniel Jéhanno et Patrice Cahérec. Les acteurs principaux, avec le charpentier de marine Olivier Cyrille, du mâtage provisoire pour le calcul du haubanage à l’ancienne dans l’avant-port de Lorient.
Un Louis d’or de 1912
Belle histoire aussi lors de la mise à l’eau début juin 2007 au petit port de Kernével à Larmor-Plage près de Lorient, quelques jours auparavant. L’occasion d’une belle fête et de retouvailles pour nombre de participants à ce miracle.
La petite-nièce d’Augustin Gauraud, Madame Blanchard, son mari, son fils et son épouse avaient fait le déplacement de Royan pour participer à l’événement. Dans ses bagages, un Louis d’or de 1912, année du lancement du Minahouët, pour être, comme il est de tradition, placé au pied du grand mât.
A bord aussi, une statuette en bois de sainte Anne pour protéger le bateau qui a aussi été bénit cette belle journée. La première visite du Minahouët a été pour Saint-Malo et la Route du Cidre début août. Il a fait plusieurs escales avant de gagner la Cité corsaire. Jacques Briois n’est pas « un bouffeur de milles », il aime « bouffer la mer » en prenant son temps.
Après, il a trouvé un port d’attache à Pont-Aven dans le Finistère-Sud où on l’accueille dans de bonne conditions. Il a par ailleurs sa place à l’année au musée de La Rochelle. Le Minahouët II est désormais classé monument historique : « Moi, disparu, le bateau sera protégé ». Son sauveur a aussi montré à Royan qu’il n’est pas vain d’investir dans le patrimoine maritime.
Pierre Jambou
Pour contacter l’association : www.voiles-d-iroise.org
Photo : Minahouët II remis à l'eau au port du Kernevel à Larmor-Plage en 2007


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