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 Randonnée équestre : cap sur l’île Vierge par le chemin des goémoniers, article publié le Thu, 21 Apr 2011 20:52:39 +0200


En Bretagne, il est des moments magiques à saisir par grande marée. Mais il vaut mieux être guidé par un gars du coin. Jean-Louis Abaléa est l’un de ceux qui a conservé la mémoire du chemin des goémoniers pour gagner à cheval l’île Vierge que surplombe le plus haut phare d’Europe. Edifice qui a été classé Monument historique à la fin de l’année 2010 et que viennent de quitter ses derniers gardiens.
C’est une balade rare, entre amis de randonnée et d’endurance. C’est un matin de printemps, un peu frais mais très ensoleillé. Une journée pleine de promesses. Sur l’herbe marine, où sèchent encore parfois les algues récoltées par les gens de la côte, les chevaux paissent tranquillement. La mer est déjà bien descendue. La plage se découvre dans son immensité et les paillettes de mica brillent dans les rayons solaires. L’archipel, d’îles en îlots, récifs et écueils, se dévoile dans une lumière où dansent les ondines, cousines de Morgane. A damner un saint irlandais venu convertir les Bretons encore baignés de l’enseignement des druides.
Les cavaliers de l’association Ar Var’Hekadenn se préparent à un grand moment, tout à leur joie intérieure d’être là. Ils se sont donnés rendez-vous à la bonne heure. Celle que la lune a indiquée pour la hauteur idéale de la marée.
En Bretagne beaucoup vivent au rythme du flux et du reflux. Même des gens des hautes terres, du côté des Monts d’Arrée ou des Montagnes Noires, savent encore prédire le temps en fonction des allées et venues de la mer, quelle soit au nord, à l’ouest ou au sud. Ce sont des anciens qui le leur ont appris. Ce n’est pas rien dans un vieux pays usé par les vents d’ouest et délavé par des pluies qui font oublier qu’il fait beau souvent. Un pays où un grand nombre de parents, croyant échapper aux ténèbres jetés sur leurs demeures par la misère, ont oublié même de transmettre la langue maternelle à leurs enfants. Une vieille langue dans laquelle en guise de bonjour, l’on passe directement à l’essentiel, mine de rien, c’est-à-dire le temps qu’il fait, pour décrypter le temps qu’il va faire. Une information capitale pour les marins et les paysans puisque conditionnant directement leurs activités et leur survie dans un environnement changeant où souvent les éléments se déchaînent voire se moquent capricieusement du labeur accompli.
Avalon
Jean-Louis Abaléa scrute l’horizon truffé de roches noires, brunes de varech luisant. Bientôt il va donner le signal. Chacun s’affaire à sangler ou vérifier encore une fixation. Pas question de tomber à la baille. Elle est fraîche quand même ! Et des fois qu’ensuite le cheval prenne le large à la nage. Certains sont attirés inexorablement vers cet ailleurs, larguant leur cavalier qui la tasse bue ne peut qu’invoquer Neptune si un bateau ne passe pas par là pour barrer la route et obliger la cavale des mer à reprendre le sens des vagues, comme cela s’est vu. Ou alors le voir grimper sur un promontoire rocheux cerné par les flots pour ne savoir comment le faire redescendre si ce n’est par sa propre volonté comme cela est arrivé aussi. Sans doute croient-ils gagner Avalon, l’île sacrée des celtes.
Les chevaux hument l’air iodé. C’est tonique mais un petit coup à l’étrier ne serait pas de trop. Les bouteilles sont au frais pour le pique-nique. Café ou muscadet, il faut bien se réchauffer un peu. L’heure du départ se précise. Il n’y a pas de retardataires. Malgré la meilleure volonté du monde l’on ne saurait les attendre sans compromettre le but de l’expédition. La marée, elle, n’attend pas. La mer en se retirant a encore dessiné un nouveau paysage où des formes s’effilochent en procession. Nous ne sommes pas en baie de Douarnenez où par le fond la Ville d’Ys garde ses mystères et où le peintre Yves Tanguy  a trouvé son inspiration, inventant de fait l’essence même de la peinture surréaliste, mais sur la côte des Légendes, repaire de haute mythologie. Chaque pierre, chaque grain de sable est ici un monde habité par de fabuleux personnages, des gentils et d’autres un peu moins. Attention à ne pas les vexer. Il vous en cuirait.
Trésor
Jean-Louis donne enfin le signal au petit groupe, pas plus de quinze. Pour des raisons de sécurité, il ne faut pas être trop nombreux. Un tracteur remonte vers la cale avec sa remorque chargée à bloc d’algues marron sombre qui dégoulinent encore sur les côtés. L’on ne devine pas précisément d’où il vient tellement vaste est le champ marin parsemé de coins et de recoins. Peut-être est-ce un bateau goémonier qui a transbordé sa cargaison. Plus probablement, il a fait sa récolte à la faucille sur les roches à découvert. Deux mondes se croisent.
Il n’y a pas si longtemps, sur la côte, nombreux étaient ceux qui étaient à la fois pêcheurs et cultivateurs. Des experts en crachins à griller les récoltes et autre purée de poix à se perdre dans les récifs. Et aussi des connaisseurs en goémon, ces algues utilisées pour fertiliser le sol ! Un trésor, là où les terres étaient pauvres mais aussi pour les potagers de Madame. De même que pour les paysans “légumiers” de la fameuse ceinture dorée du Léon, dans le Nord-Finistère. Vous savez, là où un doux micro-climat permet de faire pousser tendres artichauts, croquants choux-fleurs et goûteuse échalotte. Un précieux don de la nature, abondant après fréquentes les tempêtes qui remuent les fonds marins et décrochent les laminaires et autres algues qui finissent par s’échouer sur la grève. Alors les habitants venaient attirés par cette manne, le goémon d’épave. Qui avec son rateau, son panier, sa brouette, sa charrette ou son tombereau.
Outre le ramassage du goémon dans la laisse de mer, une autre activité plus structurée s’est développée ces derniers siècles. Après séchage, le goémon récolté était cuit dans des fours en pierre que l’on peut encore voir sur beaucoup de points du littoral breton. L’on obtenait ainsi des pains de soude. Une matière précieuse entrant dans la fabrication du verre. En 1681, signe de l’importance de ce secteur économique, Colbert réglementa la récolte du goémon. La découverte de l’iode en 1811 avec ses vertus pharmaceutiques changea la donne et le goémon devint la matière première pour la fabrication de la teinture d’iode. Une production qui déclina en Bretagne dans les années 1950 avec la concurrence de l’iode du Chili, moins cher.
Aujourd’hui les algues bretonnes, plus de 800 espèces soit la plus grande diversité au monde, sont récoltées pour mille autres propriétés. De la pharmocopée à la cosmétique en passant par l’agroalimentaire.
La façon de les récolter et de les débarquer à changé aussi. Elles sont aussi cultivées en mer. Désormais, ce sont principalement des bateaux qui les ramènent après les avoir cueillies avec un vis appelée “Skoubidou” inventée par un pêcheur, perfectionnée plus récemment avec un système hydraulique. Les bateaux débarquent principalement au port en eaux profondes de Lanildut, non loin de là, premier port européen en la matière.
Le pays des Abers
Plouguerneau où nous sommes reste cependant la capitale des goémoniers qui y ont leur musée. Ici ce sont des dizaines de chevaux de trait tirant des charettes jusque dans l’eau loin du rivage à marée basse qui s’activaient. Transbordant les algues des canots à pont découvert ou les cueillant aussi loin que a marée le permettait. Les familles entières s’activant ensuite à faire sécher la précieuse cargaison sur les dunes. Il y en avait encore jusque dans les années soixante-dix. Et pour la petite histoire, Jack Bégaud, cavalier numéro un mondial d’endurance équestre, alors jeune vétérinaire remplaçant, a soigné de ces chevaux bretons qui faisaient cette incessante navette. C’est sur leurs traces que nous partons. Non sans émotion, à cette évocation d’un monde englouti, rude et beau.
Par grande marée, coefficients de 100 ou plus, des nuées de Bretons et maintenant d’estivants se ruent sur la côte pour la pêche à pied, l’œil rivé sur le moindre caillou, le dos comme perpétuellement courbé et les pieds dans la vase. Il ne fait pas bon ce jour-là être réincarné en homard, bernique, crabe chèvre ou dormeur, palourde ou petite crevette tandis que les sirènes gagnent le large et que les lutins des roches demandent asile à leurs cousins des landes. Quelques poètes dès l’aube se hâtent encore de les deviner sur leurs sentes secrètes, sous l’œil guoguenard des bernard-l’hermite.
Il est d’autres chemins où les hommes peuvent s’aventurer le jour levé sur cette côte nord du Finistère vers Plouguerneau et le si évocateur village de Lilia au pays des Abers. Les abers, appellées aussi rias dans le sud de la Bretagne, sont des vallées glacières que remonte la marée. Nous sommes ici sur la rive droite de l’embouchure du bel Aber Vrac’h. Dans un endroit où la distinction entre la terre et la mer est ténue, c’est pourquoi autrefois il était naturel d’être à la fois marin et paysan, voire prince de l’estran comme goémonier. Il fallait un bon cheval et une bonne charrette et bien connaître les passes. Et travailler vite pour ne pas s’attarder à marée montante quand bondissent les puces de mer au galop.
Jean-Louis presse l’allure. Le spectacle est de tous côtés avec des amoncellement de rochers de toutes formes, épars sur des grandes étendues. L’eau est claire, la lumière incroyablement limpide. Un sentement de plénitude qui semble même envahir jusqu’aux mouettes rieuses et goélands argentés si prompts à tourbillonner.
L’on ne dispose que d’une demi-heure et la marée n’est pas assez grande pour aller à la fois jusqu’à l’île de Stagadon, refuge du Père Jaouen et de ses naufragés, et le but de la balade. Ce sera une autre fois.
Les pas dans des pas immémoriaux
C’est grandiose ! A quelques encâblures de cette côte déchiquetée battue par les tempêtes qui écument de rage sur l’archipel de Lilia se dresse le plus haut phare d’Europe, construit en pierre de taille. Planté sur l’île Vierge il culmine à 82,50 mètres au-dessus du sol. L’on ne peut gagner l’île qu’en bateau, sauf si l’on connaît quelqu’un qui sait reconnaître les traces immémoriales des sabots des Bretons venus du fond des âges. Les cavaliers goûtent leur chance et accostent. Jean-Louis Abaléa est de ceux-là, rares, à qui a été transmis la mémoire pour gagner le paradis, sans s’égarer en enfer ou « rentrer noyé à la maison », comme il fut entendu.
L’aventure n’est pas sans danger car non seulement il faut savoir lire correctement un annuaire des marées, sans se tromper de ligne, de jour, de mois, d’année ou de lieu, eh oui, ça change tout le temps, mais ne pas se laisser distraire par les doux chants que l’on sait. Chemin faisant alors que se reflète votre image dans l’eau limpide, peut-être fugacement votre ancêtre peut vous faire un clin d’œil à moins que ce ne soit l’âme d’un péri en mer qui ne vous désarçonne ou vous entraîne dans des sables mouvants.
Déjà il est temps de revenir, la marée n’attend pas…
Pierre Jambou
Contact : association Ar Var’Hekadenn (guyberthele[at]hotmail.fr)


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